Quel «calvert» ! J’ai passé la fin de semaine en tête-à-tête avec mon tracteur à gazon. Je suis damnée, aucun talent pour cet ouvrage, aucune affinité avec les tondeuses, niet ! En plus, je n’y prends aucun plaisir. Ce n’est pas peu dire, trois tondeuses, et un tracteur plus tard, j’en suis venue à bout.
Il m’a bien fallu une grosse semaine, mais j’en suis venue à bout. Jusqu’à maintenant, je m’étais plutôt bien tirée d’affaire. L’an passé, j’avais une entente avec un ami; il s’occupait de ma tondeuse, je m’occupais de son balai. Mais l’entente ne tient plus, maintenant je m’occupe moi-même de mon gazon et lui de sa poussière.
Il était grand temps que je m’y mette, la pelouse avait dépassé les bornes. Je recevais des courriels faisant allusion à la longueur de mon gazon, des propositions de contrat de tonte, des publicités de tracteurs à gazon en spéciaux plein ma boîte postale, etc. Il était long, il était vert et jaune, bercé par le vent tel le blé dans les champs, il m’offrait chaque jour un peu plus de verdure et me laissait découvrir des fleurs sauvages ouvrant leur cœur au soleil. Y’avait de la vie et de la couleur dans ma cour. C’était beau, mais faut c’qui faut.
Je me suis donc lancée au grand vent et par un jour plein de soleil, sur cette affreuse machine à moteur. En avançant dans l’herbe longue, j’avais la hargne.
Je déchiquetais petites marguerites en devenir avec peine et misère, mais surtout avec hargne. J’en voulais au gazon de pousser, j’en voulais à celui qui a inventé la tondeuse, j’en voulais aux pissenlits et j’écrasais tout sur mon chemin; bourdons, chenilles et autres bestioles.
Je me sentais (presque) viril. Et c’est là que le tracteur a étouffé, repu d’avoir trop coupé d’herbe longue et humide. Ma virilité a pris le dessus parce que, pour d’autres raisons, j’ai dû prendre les câbles à booster pour repartir la machine, mais ça, c’est une tout autre histoire. Et vite fait, j’ai repris le boulot !
Je regardais la cour du voisin en me disant que oui, effectivement, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Je voyais derrière moi le travail accompli et devant, la tâche qui s’allégeait. Je crois que j’ai haussé le son de mon Ipod à ce moment et j’ai chanté à tue-tête. Le voisin a dû regarder de mon côté aussi parce qu’il a sorti sa tondeuse. La sienne allait vite et allait bien, le gazon était beau chez eux, les pissenlits étaient rares. Somme toute, j’ai quand même fini avant lui.
Faut dire que j’avais commencé une semaine avant lui, mais j’ai quand même fini avant lui ! Je pense que j’ai crié un énorme «yahou» quand j’ai tondu le dernier petit bout. Et le tracteur a encore étouffé. Je suis sagement débarqué de la machine, j’ai poussé la bête jusqu’au garage, je me suis secouée pour enlever le gazon qui me recouvrait de la tête aux pieds.
J’avais cette douleur qui vous rappelle que faire le gazon c’est pour les hommes, les vrais. J’avais encore les mains qui ressentaient la vibration du moteur de la dite machine. Mais la hargne n’était plus. Elle avait fait place à un bon sentiment de satisfaction parce que j’avais fini avant le voisin, mais aussi parce que j’y étais arrivé seule, comme une grande !
Je me suis assise sur le balcon avec la bière qu’on dit bien méritée puis, j’ai contemplé ma pelouse, et j’ai ri. J’ai ri un bon coup de voir le résultat qui me semblait pire qu’avant. Le gazon meurtri avait déjà commencé à sécher un peu partout et quelques touffes me rappelaient que je suis damnée, que je n’ai aucun talent ni affinité pour ce genre de boulot. Mais j’ai quand même réussi et je n’en suis pas peu fière.
À force de volonté et de persévérance, en faisant preuve de courage et avec beaucoup de débrouillardise, de détermination et un peu d’orgueil, sans oublier les câbles à booster (merci Isabelle) tout est possible ! Assurez-vous seulement de pouvoir recommencer après, par ce que le gazon lui, il continue à pousser.