Pas négociable

21 mai 2014 849 commentaires

Par Thierry Haroun

Le Libre arbitre ne s’oppose pas à la disparition éventuelle de la circonscription de Gaspé à la faveur d’une fusion avec celle des Îles-de-la-Madeleine afin d’en former une nouvelle de sorte à répondre aux critères de la Loi électorale.

Le débat sur la disparition du comté de Gaspé reprend de plus belle à la lumière de la révision de la carte électorale par le Directeur général des élections. Ce comté ne répond pas aux critères de la Loi qui exige que le nombre d’électeurs d’un comté ne soit ni inférieur ni supérieur de 25 % à la moyenne québécoise. Gaspé dépasse largement ce chiffre, s’établissant 32 % sous la moyenne avec 30 850 électeurs. Et pour les Îles, qui jouissent d’un statut particulier, on est loin du compte avec 10 855 électeurs. En fusionnant les deux, on atteint pratiquement la moyenne provinciale de 45 000 électeurs. Or, les élus de notre région et autres tenants de la sauvegarde des deux comtés se disent prêts à monter aux barricades pour maintenir le statu quo. Un statu quo qui, de fait, exige qu’on doive revoir la Loi en proposant une formule qui prendrait en compte les réalités régionales, telles que la grandeur du comté, le principe d’occupation du territoire et le maintien de la représentativité à l’Assemblée nationale. Tel est en somme l’argumentaire de notre classe politique. Vous aurez aussi compris que d’un strict point de vue politique, il n’est pas bien vu d’être pour la disparition d’une circonscription.

Au-delà de ça, l’argumentaire de notre classe politique peut sembler logique sur le plan régional, mais en appliquant une telle approche, c’est le principe fondateur de notre démocratie qui en prend pour son rhume, soit l’implacable principe « d’un citoyen, un vote ». Et ça, ce n’est pas négociable. Un vote, c’est un vote, que vous habitiez au Saguenay, sur la Côte-Nord, au Témiscamingue ou à Gaspé. On ne peut pas jouer avec la démocratie en révisant la Loi pour répondre à un besoin particulier d’une région. Le cas échéant, on ouvre une boîte de Pandore où chaque région formulera à un moment ou à un autre ses propres demandes. Le principe « d’un vote, un citoyen » doit demeurer aussi sacré que l’est le principe de la majorité simple du 50 % plus un lors d’un référendum ou autre votation. Au risque de marteler le message, on ne peut pas jouer avec la démocratie parce que tout espace laissé vacant par la démocratie est comblé par l’arbitraire. À cela, le Libre arbitre dit non. Les tenants de la sauvegarde du comté invoquent les distances qu’aura à parcourir un député, si fusion il y avait entre Gaspé et les Îles. Philip Toone, le député fédéral de la Gaspésie-les-Îles, couvre un territoire encore plus grand et aux dernières nouvelles, personne ne s’est plaint de son travail. D’autant qu’avec la panoplie des modes de communication d’aujourd’hui, les distances ne sont plus un obstacle pour joindre un citoyen. Et si fusion il y avait, l’argent qui était auparavant dévolu au budget du député qui a perdu son comté serait versé au nouveau comté pour engager le personnel nécessaire pour assurer une présence sur l’ensemble du nouveau territoire.

Maintenant, est-ce que tout ce débat est futile? Peut-être. Pensez-vous vraiment que le Parti libéral du Québec, qui détient les Îles avec Germain Chevarie, appuierait une démarche qui viserait à fusionner les deux comtés? Pensez-vous que le Parti québécois appuierait aussi une telle démarche, sachant que les gens des Îles ont tendance à voter rouge plus souvent qu’à leur tour (1973, 1985, 1989, 1994, 2008, 2014), ce qui pourrait faire basculer le nouveau comté du côté du PLQ? C’est que voilà, au-delà des discours bien intentionnés, il existe une partisanerie crasse qui est bien ancrée chez les stratèges des partis politiques. Par ailleurs, du moment où les députés traitent de la carte électorale, il y a apparence de conflit d’intérêts. Laissons le DGE faire son travail et évitons que le politique se mêle de l’administratif. Par conséquent, on fera l’économie de l’arbitraire. Bon débat.

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