Indignez-vous, prise 2!

16 mars 2012 826 commentaires

Par Thierry Haroun

Après les banques alimentaires en Gaspésie qui menacent de fermer leurs portes faute d’argent pour fonctionner, c’est maintenant au tour du Regroupement des organismes communautaires et alternatifs en santé mentale de crier famine. Encore une fois, l’indignation s’impose.

Au point où vont les choses dans la région, c’est à se demander si on ne fera pas de l’indignation un nouveau créneau d’excellence en Gaspésie. Écoutez, la dernière infortune abracadabrante en date concerne ces maisons d’hébergement.

Elles sont cinq dans la région, qui viennent en aide à des personnes qui sont aux prises avec des problèmes sociaux. Celles-ci manquent d’argent pour fonctionner adéquatement à l’année. Leur situation financière est à ce point critique qu’elles ont pour seule bouée leur marge de crédit. Et Québec fait la sourde oreille. Vous êtes surpris? Si vous n’êtes pas indigné, la porte-parole du Regroupement, Dominique Bouchard, l’est, et le blogue du Libre l’appui sans réserve dans ses démarches. Lisez seulement ce qu’elle avait à dire au cours des derniers jours.

«Je fais des miracles avec rien. Je me prostitue pour aller chercher des 2 000 $ ou des 3 000 $ dans les fondations. Je passe ma vie à quêter! Est-ce que je peux arrêter de quêter et faire mon travail comme il le faut», a-t-elle dit à CHAU.
Vous croyez que ce qu’elle a dit dépassait sa pensée. Et bien détrompez-vous parce qu’elle a beurré, avec raison, tout aussi épais à GRAFFICI.CA quelques jours plus tard en concédant une certaine fatigue. «Nous autres on ne se bat plus, on est épuisé. L’urgence est bien réelle, on est à bout de souffle, on est épuisé de se prostituer pour des miettes.»

On fait quoi maintenant comme société, qui se dit solidaire ? On garde les deux pieds sur la télé en attendant la pizza «double pepperoni extra bacon» où on lance une mobilisation citoyenne et une pétition pour crier notre indignation devant une telle déveine?

Ah j’oubliais, lisons la suite de la déclaration de Mme Bouchard quand elle parle du Centre Accalmie, l’organisme qu’elle dirige. «Moi mon versement pour le mois d’avril va être d’environ 50 000 $. J’ai besoin de 45 000 $ pour fonctionner pendant un mois, ça fait que je vais faire le mois d’avril, le mois de mai je vais embarquer sur la marge de crédit, pis quand elle va être remplie à 35 000 $; ben au début de juin je ferme les portes.» Pendant ce temps, on n’ose pas taxer davantage les minières, ni les transactions boursières, au cas où cela nuirait à l’économie. Des choix de société, dit-on.

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Indigné, disions-nous ? La préfète de Rocher-Percé, Diane Lebouthillier l’était tout autant à propos d’une récente série de textes publiés par le Journal de Montréal qui dépeignait la région sous un angle catastrophiste. Mme Lebouthillier a été secouée, disons-le ainsi. «Je trouve ça d’autant plus dommage qu’on est présentement dans une période où les gens planifient leurs vacances pour la saison estivale. Si j’étais quelqu’un de la ville, j’y penserais par deux fois avant de venir ici et voir des gens qui sont aussi misérables. Je ne voudrais pas voir ça durant mes vacances.» Entendu dans un reportage à CHNC où elle donnait des exemples de réussite dans la région pour contrecarrer les reportages du vaisseau amiral de Quebecor Média.

L’indignation numéro trois nous est gracieusement offerte par le directeur régional de la FTQ, Alain Harrisson, qui a aussi pété sa coche, non sans raison, chers amis, sur la question des retards concernant le traitement des demandes d’assurance-emploi. On décline joyeusement. «Il faut chialer, monsieur. Il faut montrer à ce gouvernement-là qu’on est très mécontent, très mécontent! Vous savez, les Québécois, on a souvent besoin d’un coup de pied au cul pour se réveiller. Je pense que la population doit absolument dénoncer ça!»

Alors vous commandez la pizza all dressed assis confortablement devant l’écran HD ou vous vous indignez pour faire de cette société un endroit plus juste ?

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Chers lecteurs, pour des raisons de changement d’horaire professionnel, le Blogue du Libre ne paraîtra plus de manière régulière le vendredi. Il sera plutôt publié quand l’actualité l’appellera, particulièrement en période électorale. Merci de votre fidélité.

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