Des Gaspésiens ont faim, indignez-vous!

24 février 2012 13 commentaires

Par Thierry Haroun,

On apprend cette semaine que les banques alimentaires en Gaspésie menacent de fermer leurs portes faute d’argent pour fonctionner, alors que des sommes dorment dans les tiroirs des autorités politiques, alors que des milliers de Gaspésiens crient famine. Indignez-vous!

Cette année, 5 407 personnes ont bénéficié des activités offertes par les organismes membres de la Table de concertation en sécurité alimentaire Gaspésie-les-Îles. Plus de 87 000 portions ont été préparées dans les cuisines collectives. Ces organismes ont également répondu à 2 686 demandes urgentes d’aide alimentaire durant cette période.

Voilà le constat accablant qui a été martelé cette semaine par les locuteurs de ces organismes de bienfaisance. Pire encore, ce regroupement estime ses besoins à un peu plus de un million de dollars annuellement, mais n’a réussi qu’à obtenir une promesse d’une subvention de 200 000 $ non récurrente de la CRÉGÎM, dont 150 000 $ ont été versés à ce jour. En d’autres mots, si l’argent n’est pas versé illico, ces banques alimentaires, si nécessaires pour les moins nantis, vont fermer.

Et pour ajouter l’insulte à l’injure, on sait que l’argent est disponible. Mais pour des raisons abracadabrantes, sinon ésotériques, les sommes ne peuvent être versées. Tout le monde se renvoie la balle : CRÉGIM, MRC et consorts. Au final, c’est la directrice du Regroupement des organismes communautaires de la Gaspésie-les-Îles, Geneviève Giguère, qui avait vu juste.

Dans un entretien accordé à GRAFFICI.CA en novembre dernier, elle craignait justement que le versement de Québec de 4,3 millions $ sur quatre ans pour lutter contre la pauvreté, qui sont gérés par la CRÉGIM, ne servent pas à l’essentiel (lire ici les banques alimentaires).

Eh bien nous y sommes. Les banques alimentaires font la manche, les gens crient famine, alors que les autorités se regardent dans le blanc des yeux en se demandant que faire. Verser l’argent s’il-vous-plaît, les gens ont faim bordel! Sommes-nous trop occupés à dérouler le tapis rouge aux skieurs de la TDLG et à leur faire croire que tout va bien Madame La Marquise en Gaspésie? À verser à des ministres démissionnaires 150 000 $ à titre d’allocation de départ ? Sommes-nous trop occupés à asphalter nos routes? À sauver l’industrie de la forêt et le train? À applaudir le ministre Yves Bolduc quand il est de passage dans la région? Sommes-nous trop occupés à trouver un nom à une place publique à Gaspé?

Quand les banques alimentaires n’en peuvent plus et sont à bout de souffle, quand ceux et celles qui viennent en aide aux pauvres quémandent également, quand on doit passer par les médias pour se faire entendre, nous sommes tous perdants. Commençons par la base, aidons les plus démunis à s’en sortir d’abord et on pensera au reste après, parce que c’est avec une population qui mange à sa faim qu’on peut rêver à une société plus juste et plus saine.

Et si d’aventure les autorités politiques poursuivent leur aveuglement volontaire, eh bien, on organisera un spectacle-bénéfice au profit de ces organismes, et j’y participerai, c’est promis.

«Place Jules-Bélanger»

Du côté de Gaspé, plusieurs citoyens ont fait une montée de lait après qu’ils ont appris que la municipalité avait pris la décision, à la recommandation de l’organisme Patrimoine Gaspésie, de baptiser un nouvel espace public «Place François-Mitterand». Et ce, en l’honneur de cet ancien président français qui était de passage à Gaspé il y a 25 ans. Cette idée a fait débat au sein de la population. Il y a les «contre» qui prétendent qu’on aurait dû faire honneur à un bâtisseur local. Et il y a les «pour» qui y voit là une bonne idée, une preuve d’ouverture sur le monde.

Si les deux camps ont leurs raisons, qui sont valables, l’origine du problème semble provenir de la municipalité qui a imposé ce choix. Si Gaspé s’était inspirée de Percé, tout ce tollé n’aurait sûrement pas eu lieu. Il y a quelques années, Percé projetait de construire une place publique en bord mer qui profite aujourd’hui à tous.

À l’époque, les élus avaient lancé un appel à la population pour y trouver un nom avec un prix de 500 $ (de mémoire) à la clé. C’est ainsi que la Place Suzanne-Guité est née. Une approche transparente et démocratique. Gaspé pourrait, pour sauver la donne, recommencer à zéro, et procéder ainsi. Concrètement, le Blogue du Libre propose de nommer l’espace public de Gaspé la «Place Jules-Bélanger», en l’honneur d’un grand bâtisseur de la région qui est à l’origine du musée de la Gaspé, du Collège de la Gaspésie-les-Îles (entre autres) sans parler de ses nombreux écrits et des combats qu’il a menés au cours des 50 dernières années. L’idée ici, c’est d’honorer un Gaspésien de son vivant. Salutations mon cher Jules !

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