Par Thierry Haroun
Il m’est difficile de passer sous silence le reportage de la radio de Radio-Canada à Matane diffusé lundi dernier et qui portait sur le financement public pour le démarrage de GRAFFICI.CA. Non seulement l’angle du reportage me semblait curieux, mais les propos du directeur de la station de CIEU-FM, Claude Roy, portent à réflexion.
M. Roy dénonçait donc le financement public de GRAFFICI.CA, qui, selon lui, «concurrence les autres sites Internet des médias d’information de la région». Remarquez, c’est son droit plein et entier. Par contre, est-il si odieux qu’un nouveau média profite d’un financement public à hauteur de quelque 15% des coûts totaux du projet ? Si l’on devait crier au loup toutes les fois qu’une entreprise de la région recevait de l’argent public pour l’aider à démarrer, on n’en finirait plus de remplir les ondes avec ce genre de reportage. Heureusement qu’il y a du financement public, surtout dans une région comme la nôtre.
Quand j’ai entendu ce reportage, je croyais en fait entendre un reportage de la chaîne télé Sun News (cette Fox du Nord, filiale de Quebecor) qui ne cesse de faire des reportages qui traitent du financement public de tel ou tel organisme, particulièrement de Radio-Canada, comme si c’était une tare. L’angle de ce reportage diffusé six mois (n’ajustez pas votre appareil vous avez bien lu six mois) après le lancement de GRAFFICI.CA, me laisse songeur. Cette dénonciation tardive de CIEU-FM me laisse aussi songeur. Serait-ce parce que GRAFFICI.CA prend de plus en plus de place dans le paysage médiatique gaspésien ?
Plus encore, la plateforme Web médiatique interrégionale que compte mettre sur pied Télé-Québec sera entièrement financée par des fonds publics. Est-ce qu’on criera au loup à ce moment-là ? Je dis bravo au financement public. Point. Une dernière chose, je me souviens d’être allé au front pour défendre le financement public du journal GRAFFICI en 2001. J’avais alors déclaré sur les ondes radio «que GRAFFICI était là pour rester». Savez-vous qui criait au loup à l’époque parce que le journal GRAFFICI était en partie subventionné ? Quebecor. Aux dernières nouvelles Quebecor se portait plutôt bien merci.
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En parlant de financement public, souhaitons que la radio de Radio-Canada à Matane profite d’un rehaussement de son budget afin qu’elle puisse nous offrir une émission d’affaires publiques en après-midi qui soit digne de ce nom. L’actuelle émission Au Cœur du monde, malgré ses bonnes intentions, manque de tonus et de mordant. Est-il possible de commencer une émission sans parler de température et des histoires de bureau? Est-il nécessaire de «ploguer» des DVD et des spectacles tous les jours ? Tenez, à l’émission d’hier il était question (tenez-vous bien) du spectacle des Denis Drolet donné à la salle Gésu à Montréal mercredi soir et de Paul McCartney sur iTunes. Elle est où la Gaspésie là-dedans ?
Peut-on se consacrer à des débats publics portant sur la Gaspésie et ses divers enjeux comme c’était le cas au temps de l’émission L’objectif animée pendant plus de vingt ans par l’éminent journaliste, Bernard Tremblay, aujourd’hui à la retraite. On s’en ennuie. À bon entendeur et en tout respect à l’équipe de Au cœur du monde.
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Concernant le transfert du CAAF de l’usine de Grande-Rivière vers d’autres usines de la région, sanctionné par Québec le 2 décembre dernier et qui fait toujours rager les élus de la MRC du Rocher-Percé, le blogue du Libre a mis la main sur la lettre du premier ministre Jean Charest, datée du 21 janvier dernier. Cette lettre est adressée à la préfète Diane Lebouthillier. Elle se lit comme suit : «J’ai bien reçu votre lettre datée du 16 janvier dernier, à laquelle était jointe une copie de la correspondance que vous avez adressée à monsieur Clément Gignac, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, concernant le transfert du contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier qui était rattaché à l’ancienne scierie de Grande-Rivière. Soyez certaine que j’ai bien pris connaissance de votre missive, et que son propos a eu droit à toute ma considération. J’ai demandé à mon collègue, monsieur Gignac, d’assurer le suivi de votre envoi dans les meilleurs délais».
Voilà qui nous rassure et nous éclaire, n’est-ce pas ? En complément d’information, Mme Lebouthillier a tenu à rappeler mercredi soir lors de la réunion publique de la MRC qu’elle attend toujours un retour d’appel du ministre Gignac concernant une demande de rencontre, histoire de faire le point sur cette saga qui prend les allures d’un mauvais théâtre de rue.
6 commentaires
L’avenir des journaux indépendants.
Quand Gütenberg introduisit la typographie en Europe vers 1440, il ne se doutait certainement pas de la place que l’écrit prendrait dans les siècles à venir. Jusque là réservé à l’élite et plus souvent qu’autrement édité en latin, le livre puis plus tard le pamphlet allait se démocratiser et changer la face du monde.
Les révolutionnaires Américains puis Français utilisent la presse pour promouvoir les idées républicaines.
La Presse libre et indépendante naissait enfin à la fin du XVIIIe siècle. Depuis, les choses évoluent autrement. Les propriétaires de journaux ont acheté les imprimeries, les papetières, les firmes de communications et de marketing, les stations de radio et de télévision et j’en passe. L’information est devenue un produit qu’on doit habiller afin de mieux le vendre, tant pis pour la vérité.
Empêcher les journaux indépendants de se développer sape les fondements mêmes de la démocratie en privant le citoyen de son droit à s’exprimer librement. La frustration ressentie par plusieurs individus ne tient pas tant au fait de devoir se rallier à la majorité mais bien d’avoir la conviction de ne pas avoir été entendu. Délibérer pour agir n’est pas le but recherché par l’assemblée des hommes ?
Je souhaite qu’on soutienne les journaux indépendants y compris leur entrée dans la blogosphère.
M. Harroun, vous marquez un point.
Dans tous vos reportages démagogiques manquant de profondeur, me voici enfin d’accord avec vous. L’objectif ici est de collectiviser les ressources journalistiques pour une meilleure information régionale. Et attention, on nous regarde ailleurs au Québec. La région est mobilisée et je suis certain que le site internet Graffici est là pour de bon.
Encore une fois, longue vie au Graffici!
Heureusement que le Graffici existe sur le net, parce que Radio-Can a choisi de délaisser la région. Désormais, il n’y a plus de nouvelles sous une rubrique «Gaspésie-Les Îles», comme avant, mais sous «Est-du-Québec». Les nouvelles gaspésiennes sont de moins en moins nombreuses et de plus en plus vagues. En contrepartie, le diffuseur public a créé les nouvelles rubriques «Rive-Nord» et «Rive-Sud» de Montréal! Comme si l’actualité de Montréal et de ses banlieues était très, très diversifiée, et qu’il y avait une demande pressante des banlieues-dortoirs pour des nouvelles locales… Les articles de Graffici sur le net sont hautement appréciés, et j’espère que la jalousie des concurrents l’encourage à continuer.
Le financement des médias est problématique d’une manière ou d’une autre. En laissant au privé l’entière responsabilité du financement, il y a des risques de dérape tout comme il y a des risques si les médias dépendent entièrement de l’état pour leur financement. Il y a un juste milieux à trouver pour assurer l’indépendance journalistique.
Ceci dit, les autres médias d’information auraient pu eux aussi développer des plateformes d’information web aussi complète et dynamique que Graffici.
Graffici a pris le virage et bien entendu, ça fait ne fait pas que des heureux.
Les maréchaux-ferrants ont probablement trouvé des raisons de chialer contre Henry Ford eux-aussi.
Chose certaine, nous n’avons pas le luxe en Gaspésie de se priver de couverture journalistique.
M. Haroun soulève un très bon point. En fait deux. Premièrement, la concurrence entre médias en région: petits marchés, gros écarts dans les moyens, gros écarts dans la qualité de ce qui est livré.
Deuxièmement, le tabou du financement public et le préjugé que ce qui est en partie financé par les programmes gouvernementaux est moins bon, moins performant. Et l’autre préjugé (qui n’est jamais loin derrière), que ce qui touche la vie en région est soutenu par l’état.
Sur ce point, je dirai qu’on n’a qu’à penser à l’industrie du livre, du cinéma, des musées nationaux, des centres de recherche, des fédérations sportives, etc, qui sont presque systématiquement localisées en ville pour désservir un clientèle nationale et soutenues par l’état.
Je conclus en disant longue vie à Graffici et j’espère que le financement public demeurera pour cette coopérative qui assume une fonction si importante sur la scène régionale.
On n’attirera jamais trop notre attention sur les dossiers nécessaires à la vitalité d’une région ou à sa relance.