Cimenterie de Port-Daniel : respirons tous par le nez

27 janvier 2012 12 commentaires

Par Thierry Haroun

La bombe larguée cette semaine par Radio-Canada, relayée à la vitesse interstellaire par les autres médias, selon laquelle un projet de cimenterie prendra finalement forme à Port-Daniel nous impose collectivement une chose : qu’on respire tous par le nez en attendant sa concrétisation.

Je retiens le commentaire du maire de l’endroit, Maurice Anglehart, qui laissait entendre ceci concernant les promoteurs qu’il ne connait toujours pas. «En espérant que c’est un nouveau joueur avec la poche creuse, comme disait Bernard Landry!» Justement, en parlant de Bernard Landry, je me souviens que lors de l’un de ses nombreux passages dans la région, alors qu’il était premier ministre, nous l’avions questionné sur ce projet de cimenterie en point de presse. Il nous avait répondu ceci : «Écoutez, quand j’étais au cabinet ministériel de René Lévesque, j’en avais entendu parlé de ce projet, alors vous comprendrez que…».

C’est dire depuis quand cette idée de cimenterie hante la région. Encore un peu et nous l’aurions consacré au rang de la mythologie gaspésienne. Revenons au commentaire du maire Anglehart quand il parle de «poches creuses». Eh bien, il semble que c’est bel et bien le cas puisque c’est la famille Beaudoin, connue pour ses  affinités avec Bombardier, qui prend le contrôle de Cimbec Canada. Des promoteurs «très sérieux», a tenu à souligner le président de la CRÉGÎM, Bertrand Berger.

Tout indique que cette fois-ci sera la bonne, mais soyons prudents et surtout patients. Les médias ont aussi un rôle important à jouer au cours des mois, sinon des années, à venir. En d’autres mots, la prudence est aussi de mise du côté des journalistes. Déjà, l’enflure médiatique a pris le pas sur la circonspection. En clair, c’était à qui mieux mieux cette semaine côté chiffres : un média parlait de 500 emplois pendant la construction, un autre 700, l’un parlait d’investissement de 500 millions de dollars, l’autre 1,2 milliard, un indiquait 100 emplois permanents, son concurrent 200. Rien de trop beau pourvu que ça casse la baraque !

Cette incohérence de chiffres, on la retrouve dans la plupart des couvertures journalistiques, dans la région du moins. Concernant le projet d’alumine de la firme Orbite en Haute-Gaspésie, on parlait de 400 emplois au départ. Aujourd’hui, il est question de 1500 nouveaux emplois : pourvu que ça casse la baraque. Vous souvenez-vous du projet de mégaporcherie à Murdochville créateur de, tenez-vous bien, 900 emplois? Il n’a jamais vu le jour, mais pourvu que ça casse la baraque et que ça fasse rêver. Le projet d’Atlantic Fiber Resources à Chandler était évalué au départ à 30 millions $. Aujourd’hui, pour le même projet, on est rendu à 56 millions $. Allez comprendre.

À propos du projet d’Atlantic Fiber, la mairesse de Sainte-Anne-des-Monts, Micheline Pelletier a lancé un message à caractère philosophique aux gens de Chandler il y a quelques jours. «Il faut travailler sur l’éducation, la santé et les petits commerces. C’est ça le vrai développement. On a trop longtemps été des gens qui avons cru que le sauveur ce serait l’étranger et c’est faux ! S’ils viennent, c’est tant mieux, et s’ils ne viennent pas nous ne sommes pas désespérés quand on croit plus en nous-mêmes qu’aux autres.» On résume : on n’est jamais mieux servi que par soi-même et cessons de croire au père Noël.

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Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, était de passage à Chandler cette semaine pour annoncer un investissement de 1,9 million $ qui permettra à la Villa Pabos de se doter d’une salle multifonctionnelle. Excellente nouvelle. Le hic par contre, c’est que l’appel d’offres n’a pas été encore lancé ; il le sera au printemps prochain. C’est-à-dire ? En divulguant les chiffres de l’investissement sur la place publique, cela  permet aux soumissionnaires de connaître dès le départ ce que Québec est prêt à allonger. Il y a des mairies en Gaspésie qui ne font plus ça parce que ça fait grimper les prix. En clair, elles vont en appel d’offres en ne dévoilant aucun chiffre sur la place publique et annoncent le projet après. Une façon plus sûre de respecter son budget et d’éviter la sous-évaluation d’un projet. Et ça fonctionne, m’a-t-on déjà confirmé.

 

 

 

 

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