CAAF : une lettre qui fait déborder le vase

13 janvier 2012 14 commentaires

«De quoi je me mêle». Voilà ce qui pourrait résumer la grogne exprimée par les élus de Rocher-Percé envers l’ex-maire de Petite-Vallée et ex-préfet de la Côte-de-la-Gaspé, Noël-Marie Clavet qui, dans une lettre ouverte publiée cette semaine, demandait aux élus de Rocher-Percé de «modérer leur propos.» À propos de quoi ? Du transfert du CAAF de Grande-Rivière vers d’autres usines de la région. Il n’en fallait pas plus pour faire sauter la marmite.

La teneur de la lettre de M. Clavet, publiée le 11 janvier dans les journaux de Québécor sous le titre «60 000 mètres cubes de bois à l’usine de Grande-Vallée», est à contre-courant de tout ce qui a pu émerger autour de cette saga à ce jour. Le point de vue exprimé est celui d’un citoyen habitant dans la Côte-de-Gaspé, ce qui est tout à fait légitime, d’autant que les médias n’ont pas pris la peine jusqu’à présent de tâter le pouls de la population de cette MRC, voisine de Rocher-Percé.

Un des arguments-clés de M. Clavet étant celui faisant référence au fait que le CAAF lié à l’ancienne usine de GDS à Grande-Rivière (MRC Rocher-Percé) est dans les faits situé sur le territoire de la Côte-de-Gaspé. Il salue d’autre part la décision de Québec de transférer le CAAF puisque, selon lui, cela consolidera des emplois à l’usine de GDS de Grande-Vallée, ce qui n’est pas faux.

Il déplore par ailleurs les propos des élus de Rocher-Percé qui, dans les médias, ont parlé «de génocide, de moralité et de vol». Cette lettre, aussi légitime et honnête qu’elle soit, vient jeter de l’huile sur le feu à un moment où tous les maires de Rocher-Percé sont sur les dents et attendent des explications claires et nettes de Québec.

Ces maires ont bien raison d’être en colère du seul fait que Québec ait décidé à leur insu de transférer le CAAF le 2 décembre dernier, d’autant qu’ils ont appris la nouvelle près de deux semaines plus tard. Qualifié ce mode opératoire de coup de Jarnac serait poli. C’est cet aspect de cette affaire que la lettre de M. Clavet ne met pas en lumière. Il ne faut donc pas s’étonner que les réactions ont été épidermiques tant de la part du maire de Port-Daniel-Gascons, Maurice Anglehart, qui a taxé l’attitude de M. Clavet de «policailleux et de démagogique», que le maire de Grande-Rivière, Bernard Stevens. Ce dernier promet qu’à l’avenir, il continuera à «pourfendre» la décision de Québec avec «les mêmes propos et la même virulence, sinon plus !». En d’autres mots, il semble bien que cette lettre ait fait…déborder le vase. À suivre

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Sur une note plus personnelle, je collectionne depuis quelques années des revues anciennes, dont Cité libre, Action nationale ou encore Relations. Ces revues me permettent d’avoir un recul sur l’actualité, voire de réaliser que, finalement, les débats d’aujourd’hui sont les mêmes d’il y a 50 ou 60 ans. Seuls les personnages changent. Vous me direz que de relire les anciens Grecs et les textes de la Rome antique serait tout aussi éclairant pour mieux comprendre le présent. Vrai.

Cela pour dire que je souhaite partager avec vous l’une de ces relectures. Cette semaine, dans la livraison de juillet 1942 de la revue Relations, j’apprenais dans un dossier intitulé «La guerre et les pêcheries du Québec» que selon un pêcheur gaspésien «seuls les temps de guerre ont été des périodes de prospérité pour nos pêcheurs». À titre d’exemple, les statistiques démontrent qu’en 1914, les revenus des prises dans les maritimes étaient de 1,9 million $ et qu’en 1918, soit à la fin de la première Grande Guerre les revenues atteignaient 4,3 millions $. D’autres chiffres. En 1941, cent livres de morue salée se vendaient 4,75$. En 1932, le salaire moyen annuel d’un pêcheur de morue de la Gaspésie était de, tenez-vous bien, 53$ ! À la semaine prochaine.

 

 

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