Chemin de fer : a-t-on fait une erreur ?

6 janvier 2012 858 commentaires

Par Thierry Haroun

À voir dans quelle situation (pour ne pas dire pétrin) se trouve la voie ferrée de la Gaspésie, c’est à se demander si nous n’avons pas fait l’erreur d’en faire l’acquisition en 2007. Ce réseau, qui est la propriété de la Société de chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), est sans conteste à la croisée des chemins.

On apprenait récemment que 93,5 millions de dollars devront être investis au cours des cinq prochaines années dans cette infrastructure. À défaut de quoi, on devra faire une croix dessus. Ce n’est pas le Blogue du Libre qui le dit, c’est le directeur de la CRÉGIM, Gilbert Scantland, qui l’a affirmé à GRAFFICI. CA tout juste avant les fêtes. Lisez seulement : «La pérennité du réseau ferroviaire dépend de cette aide gouvernementale» en précisant plus loin que «faute de financement, le réseau pourrait fermer. C’est évident qu’on en est rendu là, Il faut rattraper les 30 ans de sous-investissement dans l’entretien de la voie et des ponts.»

Et cette somme pharaonique, il faudra aller la chercher dans les poches du fédéral et du provincial à raison de «20 millions de dollars par année», précisait cette semaine le président de la SCFG, François Roussy. Avant d’analyser cette seule affirmation, revenons rapidement sur un rapport du ministère des Transports du Québec produit le 8 novembre 2010 qui constatait d’importantes anomalies sur l’ensemble de la voie ferrée. Par exemple, le document note qu’à plusieurs passages à niveau dotés de feux de circulation ou de panneaux d’arrêt, la ligne d’arrêt est absente. Plusieurs passages de ferme sont à reconstruire. Plus loin, on indique que de façon générale, les traverses d’approche des ponts sont détériorées à plusieurs endroits et devraient être remplacées (secteur Cascapédia et Chandler).

«Sur plusieurs structures d’acier, lit-on, il a été constaté des pertes de section d’éléments en acier. Ces pertes de section vont jusqu’à la perforation des éléments à certains endroits. Cette détérioration selon l’élément affecté peut entraîner une perte de capacité de la structure.» Des points qui font l’objet d’un suivi.

Analyse et questions

Nous disions donc qu’il faudra soutirer 20 millions $ aux gouvernements annuellement pour remettre en état ce réseau que nous, par l’entremise des paliers gouvernementaux, avons acheté au coût de quelque 35 millions $.

Comment peut-on espérer aller chercher de telles sommes dans le contexte budgétaire des gouvernements ? Comment convaincre le gouvernement Harper d’investir dans le transport écologique qu’est le train ? Avions-nous toutes les données sur l’état de cette infrastructure avant d’en prendre possession en 2007 ? Savions-nous en 2007 que près de 100 millions $ nous pendaient au bout du nez ? La situation est à ce point grave que même Via Rail refuse depuis le 22 décembre d’y faire circuler ses trains par manque de garantie sur le plan de la sécurité. Quoi d’autre ? Ah oui, la SCFG doit obtenir une réponse positive des paliers gouvernementaux quant à sa demande de financement avant le 31 mars prochain. Aussi bien dire demain. Tout indique qu’il y a un mur de béton dans le tunnel qui cache la lumière à l’autre bout. La solution, l’a-t-on vraiment ? A-t-on fait une erreur au départ en l’achetant? Et si c’était le cas, pensez-vous que quelqu’un l’avouerait ? Les mea culpa en politique sont rarissimes.

***

Québec annonçait hier (jeudi) des investissements de près de 6 millions $ dans le réseau de la santé de la Gaspésie. Ce n’est pas tant l’annonce que le discours qui nous interpelle ici. Ainsi, le député de Gaspé, Georges Mamelonet, affirmait par voie de communiqué, ceci : «Ces investissements dans le réseau de la santé et des services sociaux témoignent de la volonté de notre gouvernement de soutenir à la fois l’économie, par un vigoureux programme d’investissements, mais aussi les activités des établissements de santé partout au Québec. Les sommes investies permettront aux professionnels d’évoluer dans un environnement de travail plus fonctionnel, agréable et stimulant, en plus d’offrir aux patients un milieu de soins rehaussé qui répond encore mieux à leurs besoins.»

Le député de Bonaventure, Damien Arsenault, affirmait texto la même chose par communiqué quelques heures plus tard. Voyez : «Ces investissements dans le réseau de la santé et des services sociaux témoignent de la volonté de notre gouvernement de soutenir à la fois notre économie, par un vigoureux programme d’investissements, mais aussi les activités de nos établissements de santé. Les sommes investies permettront aux professionnels d’évoluer dans un environnement de travail plus fonctionnel, agréable et stimulant, en plus d’offrir aux patients un milieu de soins rehaussé qui répond encore mieux à leurs besoins.»

Qui a parlé de cassette libérale? On veut bien croire que le retour des fêtes est toujours un peu difficile mais l’équipe de rédaction du Parti libéral aurait pu faire un effort pour varier le discours. Bon début d’année à tous.

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