Église de Grande-Entrée, 115 ans de vigie

21 mai 2014 7 commentaires

Par Véronique St-Onge

1899, des Madelinots ont ratissé les plages, trouvé du bois d’épaves assez solide, construit leur lieu. Ces hommes avaient vu juste. L’église du village aura tenu le cap 115 hivers, 115 étés. Le 20 mai 2014, les hommes partis pêcher n’ont pas pu calmer le brasier. Perte totale pour l’Église Sacré-Cœur de la Grande Entrée. (cliquez ici pour voir en image)

image egliseCrédit photo : Ross Jewell/ CC

Comment est-ce possible qu’un tel bâtiment tienne bon pendant si longtemps et qu’un jour banal comme aujourd’hui, par un temps plat de brume et de printemps froid, le feu ait réussi aussi rapidement à tout avaler? J’ai le syndrome post-traumatique du : « à qui la faute ». Sans réponse concrète, peut-on faire autrement? Alors à qui la faute? À la caserne la plus proche qui est de toute façon trop loin? Aux pompiers volontaires qui sont aussi tous pêcheurs et qui faisaient leur boulot, sur l’eau? Au système antifeu du bâtiment? Au dernier à être passé dans l’église et à n’avoir remarqué rien de bizarre? Aux premiers à avoir choisi de tout construire en bois à l’intérieur comme à l’extérieur? Aux vents? Aux gouvernements? Au p’tit Jésus?… Au temps, tout simplement?

De toute façon, quel est le destin des églises? Ça fait des années qu’on se pose collectivement la question. Plusieurs d’entre elles sont à vendre, d’autres sont tout simplement démolies. L’église de Grande-Entrée, c’était plus qu’une église. À l’instar de plusieurs bâtiments de l’archipel, fière et modeste, elle était le symbole prouvant qu’il y a bien longtemps des catholiques avaient trouvé le moyen d’habiter si loin, d’y construire et d’y maintenir une communauté. Dans un archipel où plusieurs âmes ont encore la foi, il paraît presqu’injuste qu’un tel emblème disparaisse.

Pour la suite, on rassemblera les photos, les souvenirs, les anecdotes reliées à ce bâtiment dont on parlera désormais au passé. Pour la suite, on se retroussera les manches à Grande-Entrée. Ce n’est malheureusement pas le premier feu en importance qui dévaste ce village d’extrémité. La pointe a brûlé, la salle municipale, l’usine de transformation de poisson et hier, l’église. Le destin semble s’amuser à tester les habitants et leurs capacités. L’église Sacré-Cœur était nichée sur un cap grandiose où, en ce moment, le gazon enduit de suie, se remet à pousser. Quelque chose me dit que dans quelques mois, sur ce même cap poussera un projet collectif bien senti. Fait de bois neuf et de ténacité, espérons qu’il sera une aussi fidèle vigie que le défunt bâtiment patrimonial l’eut été.

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