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Quand les pêcheurs manifestent

14 mai 2013, 11:20

Les pêcheurs manifestent

Exit l’image traditionnelle du pêcheur de homard avec son imperméable et ses yeux ridés par l’air salin. Vous devrez peut-être vous imaginer pour les semaines qui viennent un pêcheur en colère, pancarte à la main.

Il y a quelques jours, les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont bloqué le homard sortant des Îles par le traversier. Ce sont 600 000 livres de homard qui ont été à l’arrêt sur le quai de Souris, pendant des heures…Quel dégât s’il avait fallu tout perdre! Ils ont fait ça car le prix qu’ils reçoivent pour leurs propres débarquements est trop bas. Ils ont donc voulu 2 choses: faire un coup d’éclat médiatique et imposer une demande de solidarité aux pêcheurs des Îles. Maintenant, ces mêmes pêcheurs de l’île voisine disent vouloir recommencer. Peut être même bloquer tout ce qui sortirait du bateau : Camions, homards, voitures, passagers… On s’éloigne du concept gentil de la demande de solidarité non?

Les pêcheurs des Îles, malgré cette tactique douteuse de leurs confrères, ne sont pas sortis ce lundi et songent à ne pas sortir à nouveau. Ils songent aussi à un plan B. Comment sortir le homard des Îles ? Par quelle route passer pour qu’il arrive à bon port, frais, en peu de temps, au moindre coût? L’envoyer directement à Montréal, 48 h de bateau…c’est trop! Transiter par Chandler…On a tenté la chose dimanche passé, tout s’est bien déroulé mais maintenant, semblerait que les pêcheurs de Chandler songent aussi au blocus des arrivages madelinots…

Étrange semaine

Les pêcheurs vont-ils sortir en mer aujourd’hui? Le bateau va-t-il être bloqué à Souris? Le prix du homard d’ailleurs et d’ici va-t-il descendre encore cette semaine? Alors qu’il y a deux semaines on se réjouissait que l’économie de la pêche reprenne, maintenant c’est assez douteux comme situation. J’entendais hier un pêcheur dire « Sortir pêcher, si c’est payant ok si c’est pour faire des frais…»

Je ne suis qu’une observatrice et je sens l’incertitude. J’imagine ce que ça doit être quand c’est son papa, son mari, son cousin qui ne fera peut-être pas sa semaine de pêche. Qu’en sera-t-il de la saison? Ça fait quelques années que le « roi des mer » ne vaut plus ce qu’il valait. Il y a deux ans, à la radio un pêcheur expressif et coloré réclamait le retour au gros bon sens en disant: « Le homard se vend presque le même prix que le baloné, réveillez-vous! » qu’il disait. Et ce monsieur répétait : « C’est le roi! C’est le roi!!! » Cette semaine, les paroles de ce monsieur me sont revenues à l’esprit comme une chanson, en rotation et j’ai eu envie d’aller au marché, curieuse de constater le prix à la livre, du baloné.

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La nuit des pleins bateaux

26 avril 2013, 10:13

C’est Noël #2.  Le moment de l’année où j’ai mal quand je le manque. Dans quelques heures, le soleil va se coucher sur les bateaux obèses, gavés de cages à homards. Demain matin, ce sera la mise à l’eau des cages.

J’ai toujours cette envie d’inviter le monde entier aux Îles quand se pointe ce temps dynamique de l‘année. Je rêve d’une saison touristique précoce qui serait la plus authentique au monde. L’attraction serait orchestrée par Dame nature et les travailleurs désirant leur butin.

Bienvenue à «Homardland»

Il y aurait trois forfaits, trois saisons dans une, trois périodes à la partie : les semaines où les bateaux se promènent dans le chemin sur d’immenses remorques en ralentissant le trafic : La parade des bateaux ou le retour à l’eau. L’arrivée des hommes et des cages dans des décors soigneusement choisis : le trempage des cages ou la saucette des pêcheurs. Et la parade des f-150… remplis, plus qu’il ne l’est probablement permis. Le temps où les gars se rendent à leurs quais respectifs, un regardant à l’avant (le conducteur, le plus possible) et l’autre regardant tout le tour au cas ou il y aurait un perte en chemin. Chaque fois que je les croise, ils ont l’air d’avoir du fun.

Vivre au milieu de cette frénésie et observer les hommes, forts, précis, concentrés et minutieux, c’est terriblement beau. Quand les glaces de la baie intérieure prennent leur congé pour l’été et que la vie reprend dans les trails de gravelle de bord de plage, c’est inspirant. Ça donne envie d’aller virer, de leur offrir un café et de leur dire de ne pas lâcher!

La nuit tombe, l’excitation monte

Quand arrive l’apogée, la fin de la pré-saison de pêche, comme à Noël, on a du mal à dormir car on sait qu’il viendra….le grand coup de feu donné à 5 heures, le point culminant où le bruit des moteurs commencera son grand decrescendo. Les bateaux, les bras pleins de cages, s’éloigneront vers le large.

Le réveil-matin de la communauté, vers les 3 heures, aura sonné (On ferait sonner les cloches se serait pareil). Les pêcheurs, agiles comme des artistes de cirque, auront réussi à embarquer à bord des bateaux cordés, collés, comme des sardines, dans une boîte grande comme un quai. Ceux qui le veulent et qui le peuvent toujours, assisteront au départ. Ceux qui ne le peuvent pas, ouvriront la radio où l’événement sera diffusé ou téléphoneront sur le sans fil de quelqu’un qui est allé.

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D’ici là, j’ai hâte, j’ai hâte, j’ai hâte et je souhaite! Je souhaite qu’il ne vente pas trop, qu’il ne pleuve pas trop, que personne ne tombe à l’eau. Que le homard cage bien et qu’il soit acheté à un prix décent. À tantôt sur le quai!! Bonne saison 2013!

Îles-de-la-Madeleine

Basse saison et gros poissons

16 avril 2013, 15:15

Qu’est-ce que c’était, l’archipel, avant le tourisme? Avant qu’on crée des produits aux couleurs du paradis il ressemblait à quoi et il vivait de quoi le paradis? 

Le texte qui suit trahit mon âge et surtout ma connaissance des Îles de-la-Madeleine. Depuis bientôt neuf ans, j’habite ici et chaque  printemps, c’est la même question : pensez-vous qu’on va avoir beaucoup de monde cet été? La question que je me pose aujourd’hui : en quoi consistait le printemps des madelinots à l’époque où on n’attendait personne?

La réponse s’impose : on attendait le poisson. C’est la base de la vitalité printanière. Mis à part les offres d’emplois pour combler des postes dans les entreprises touristiques et les cafés qui ouvrent les uns après les autres, il y a la mer qui commence à nouveau à sentir la mer. Il y a les bateaux qui prennent le chemin pour retrouver l’eau. Il y a les quais qui se vident de neige et se remplissent de monde. Les goélands qui crient pas mal plus fort qu’en janvier et les débarquements en toile de fond qui animent tout ce beau monde… Il y a aussi les gourmands qui attendent patiemment ces mêmes débarquements.

 

Comment vivait-on quand, toujours, c’était la basse saison?

Mon interrogation initiale se précise : avant l’invention de la haute saison , aurions-nous été suffisamment nombreux et disponibles pour accueillir les touristes s’il y en avait eu autant qu’on en a reçus l’an passé et qu’on espère en recevoir cette année?

Le poisson, il faut le trouver, l’attirer, le pêcher, le ramener sur terre, le peser, le laver, le congeler, le craquer, le transformer, le conserver, le vendre, le transporter, le cuisiner. Il y a 25-30 ans, il y avait six ou sept  usines de poissons alors qu’aujourd’hui il n’y en a que deux. La pêche faisait travailler une panoplie de monde dans une panoplie de grands et de petits métiers.

 

photo vero

 

Îles-de-la-Madeleine

Tueurs de blanchons

15 mars 2013, 14:42

Par Véronique St-Onge,

Depuis  1987, on ne chasse plus le blanchon. Les gars qui vont aux glaces doivent se battre encore et encore contre cette étiquette de barbares sanguinaires. J’ai choisi ce titre pour attirer votre attention.

Le temps est venu aux Îles où, selon les vents et les courants, une journée viendra et les glaces «colleront». Le temps est venu où on sort nos arguments pro-chasse comme on sort des décorations de Noël…

Un pur réflexe de saison ! Une routine, un peu plus dodue en contenu chaque année, le dossier de la chasse aux loups-marins étant en constante évolution. Comment est-ce possible qu’un dossier aussi vivant chaque printemps puisse être pris à ce point dans le moule des idées des années 80 ?

Dix millions de gros mammifères

Les loups-marins sont là, on le sait. Il y a une dizaine de jours, ils étaient à la pointe de l’Est, à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils frôlent l’archipel. D’ailleurs, les escouades de chasse partent cette semaine. Les bateaux sont prêts. Les loups-marins sont là et ils sont nombreux : dix millions de gros mammifères bien gras.

Disons les vraies affaires : il sont des millions, ils sont agressifs, malgré leurs allures baba-cool (même les blanchons, oui oui… oubliez l’image du toutou qui ronronne), ils sont gourmands et ils mangent les mêmes poissons que nous.

Quand on a trop de rats dans une grange, on pose des pièges à rats. Quand on a trop de mouches dans une maison, on s’achète un tue-mouches. Quand on a trop de loups-marins dans le garde-manger, on fait quoi ?

On veut tous être l’ami du beau

On veut tous être l’ami de l’exotique blanchon. Chaque printemps, les Madelinots s’échangent les infos comme les urbains s’échangent les bonnes adresses. «Sur la dune du Nord tu vas marcher plus longtemps, rends toi au Havre, c’est plus facile avec les enfants..»

Retenez que la seule chasse dédiée à la blanche peluche est le safari photo du début du printemps. Chaque année, on cherche à capter son joli minois, ce charme à la source de ce cafouillage médiatique depuis des décennies. C’est joli en titi un blanchon sur Facebook.

Entre la belle bette du blanchon égaré et les millions de têtes qui règnent dans le golfe comme des rois, le paradoxe «beauté-nécéssité» du dossier loups-marins est solide et, en 2013, demande à chacun d’être bien informé.

Bonne chasse aux hommes, prudence sur les glaces !

www.chasseursdephoques.com

Îles-de-la-Madeleine

Le gars de la charrue

25 février 2013, 11:01

Par Véronique St-Onge,

Parlons aujourd’hui de choses terre à terre. Main sur le cœur, soyons solennels. Rendons hommage à celui qui brave l’inconnu blanc et qui voit dans le noir. Levons tous ensemble notre chapeau à celui qui dirige la bête jaune dans le blizzard. Bravo à toi, Ô gars de la charrue !

Diplômé du danger

Le gars de la charrue est un professionnel ou un fou contrôlé. Il n’a peut-être pas de maîtrise en déglaçage d’asphalte ou de baccalauréat en dégagement neigeux de côtes abruptes, mais quand il reçoit son «call», il y va !

On ne le connaît pas, mais on l’attend. On ne sait jamais quand il va venir mais on est content quand il passe. Dans cet hiver de rafales où il y a en moyenne 3 jours d’école par semaine et où la neige  tombe tombe tombe tombe tombe tombe…

Crédit photo : Bertrand Hall

Dans cette saison glissante où même les pas peureux deviennent un peu craintifs avant de prendre la route, le gars de la charrue fait son devoir. Il le fait bien, il le fait mal, c’est de sa faute ou c’est grâce à lui, mais il le fait !

Tête de turque pour tête en tuques

C’est un héros maltraité. Car dans notre manque de vraie catastrophe, on s’en prend souvent à lui. Aux Îles, depuis que le contrat a été divisé et redistribué différemment selon les territoires, ils sont une bonne gang de gars de la charrue à manger la claque !

As-tu vu les lames de neige en plein cœur de Fatima? C’est pas croyable comment c’est rendu étroit à la montagne… NAAAAAAH mais !! Ils ont oublié de passer sur les caps depuis une semaine! Leur budget de sel pour cette année est défoncé, ils ont décidé d’arrêter d’en mettre… une vraie patinoire !

Pendant la prochaine tempête, lorsque, curieux, vous collerez le nez à la fenêtre pour faire votre auto-évaluation précise de la situation, tendez aussi l’oreille et entre deux rafales, vous l’entendrez. Ce grand bruit grave et métallique, ce crescendo à la fois agressif et réconfortant, c’est lui qui passe et qui repassera tantôt : Salut, merci et bonne fin d’hiver, Ô toi, gars de la charrue !