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Trois cadeaux pour Noël

5 décembre 2014, 11:03

Par Véronique Saint-Onge

Cher Père Noël,

Cette année j’adresse 3 souhaits pour les Îles-de-la-Madeleine. Je sais que c’est prétentieux en demander autant en plein cœur d’une saison remplie d’austérité. Si j’avais assez de culot, je demanderais un père Noël exclusif aux Madelinots. Avec lui, la liste serait pas mal plus longue. Puisqu’on a été tous très sages cette année, j’ai bon espoir d’être exaucée!

Que le roi redevienne le roi

Je ne sais pas à qui tu pourrais demander père Noël, mais si tu voulais faire plaisir à plusieurs personnes en même temps, il faudrait vraiment que la saison de homard 2015 soit plus équilibrée que la 2014. L’été passé, c’était fructueux, les cages étaient pleines. C’est bien beau avoir du homard en grande quantité, mais le laisser aller à un prix plus bas que le steak haché c’est un peu honteux non? Peux-tu voir avec tes lutins ce que vous pouvez faire pour qu’en 2015, le homard passe au-dessus du 5 $ la livre? Les pêcheurs seraient heureux s’ils pouvaient enfin faire leurs frais et se payer quelques extras. Les travailleurs d’usine aussi. Je pense qu’en rendant ça possible père Noël, c’est la colonne vertébrale de l’archipel qui se redresserait.

Loups marins « Made in Magdalena »

Ce souhait là père Noël, c’est à la fois le plus facile et le plus difficile. Il faudrait débloquer l’industrie du loup-marin une bonne fois pour toutes. Je crois que ça peut être facile, car les loups-marins sont partout autour des Îles. La ressource est déjà là. Quand tu arrives chaque année, le 24 décembre, en traineau, tu dois bien en voir quelques-uns. Cette année, essaye de venir virer incognito avec tes rennes dans le ciel des Îles, en mars. Tu vas comprendre ce que je veux dire. Pour cette raison d’abondance et de proximité, je crois que ça peut être facile. Par contre, le plus dur de ta tâche se fera en coulisse. Tu devras rencontrer quelques personnes influentes d’ici la prochaine saison de chasse et leur expliquer le gros bon sens. Les politiciens, les médias et les autres distingués décideurs doivent comprendre le potentiel qui repose à quelques mètres des rives de l’archipel.

Le prix des Îles

Père Noël, toi qui habites au Pôle Nord, tu dois sûrement payer ton épicerie plus cher qu’à Montréal. La moulée pour tes rennes, quand tu la fais venir, tu payes cher le transport toi aussi, hein? De la même façon que toi, ici aux îles, on paye plus cher pour presque tout, on vit comme des riches même si on ne l’est pas. Je demande cette année un peu d’aide et de compréhension de la part de nos gouvernements. Je suis certaine qu’il y a une façon de les convaincre à reconnaître le statut particulier, éloigné et isolé de l’archipel. Si un jour les billets d’avion coûtent moins cher, promis père Noël, je t’invite à mes frais en plein cœur de juillet.

Merci père Noël & Joyeuses fêtes à tous!

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La saison des arbres penchés

11 novembre 2014, 11:15

Par Véronique Saint-Onge

Novembre et sa première tempête rappellent le vrai visage insulaire. Quand tout le monde en même temps reçoit la rafale en pleine face pour la première fois de la saison, il s’installe aux îles une unité, un sentiment réservé à celui qui reste assez longtemps après l’été pour y goûter.

Les îles de novembre sont encore un beau tabou. Peu de reportages en font état. Les journalistes s’intéressent aux produits du terroir, aux particularités géologiques, aux artistes, aux produits récréotouristiques, aux paysages de l’archipel, mais peu d’entre eux ont parlé de la sensation gonflée d’ivresse et d’inquiétude qu’apporte la combinaison des grandes marées, des rafales et des grands vents. Pourtant, lorsqu’elles perdent leur allure estivale d’Hawaï québécoise et redeviennent de minuscules pépites frileuses en plein cœur de la mer, les Îles-de-la-Madeleine sont uniques. Le vent fait craquer tout ce qui craque, fait plier tout ce qui plie et fait tomber tout ce qui ne craque plus et ne plie pas. C’est le début de la saison des arbres penchés.

Mi-scientifique-mi gamine…
Ne connait pas tout à fait l’archipel celui qui n’a pas senti son cœur battre quand la rafale frappe. À partir du moment où l’on annonce jusqu’aux dernières rafales, dans la tempête, j’ai 4 ans. Quand ça arrive cette affaire là, je me sens comme Dorothée dans le magicien d’Oz juste avant que sa maison s’envole. Il serait risqué, presque effronté de dire que la tempête m’amuse, car elle endommage beaucoup de matériel et nuit au bon fonctionnement de plusieurs sphères du quotidien de l’archipel. Je dirai alors qu’elle me fascine. Chaque automne, je l’attends. Je sais que la première viendra nous prendre par surprise et qu’une dizaine d’autres suivront. J’aimerais les numéroter, leur donner des noms. Dans quelques années on parlerait de B-34 qui a arraché la galerie du chalet de M. Cummings ou de la tempête Henriette qui a fait fermer les écoles un 4 novembre. Je pense aussi me construire un phare. Peut-être même deux. Un dans les buttes et un à flanc de falaise afin d’observer la tempête d’automne, l’étudier, la sentir brasser la charpente pour avoir peur un cran de plus. J’inviterais mes amis pour être pris ensemble le temps que ça dure et s’en souvenir longtemps. Il serait risqué, presque effronté de dire que la tempête m’amuse, je dirai alors que je l’aime.

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Tous dans le même bateau

16 septembre 2014, 11:57

Par Véronique St-Onge

L’été se termine abruptement. Depuis quelques jours, en plein cœur du port de Cap-aux-Meules, du diesel s’échappe d’un pipeline d’Hydro-Québec. De vraies questions collectives prennent la place laissée vacante par des milliers de touristes retournés chez eux.

10631244_10152733894344479_9084626218567447508_o   Crédit Photo: Diane Hébert

Depuis bientôt une semaine, 33 000 litres d’eau huileuse ont été récupérés par des équipes sur place de jour comme de nuit. Ces spécialistes nettoient le bassin comme ils le peuvent, les politiciens passent voir les lieux et tentent de réconforter les citoyens. Les pêcheurs ont un accès limité à leurs bateaux et la zone de pêche immédiate est fermée à toute prise. Tous misent sur les estacades. Par dizaines, les curieux montent le grand escalier de la butte du Cap-aux-Meules et, à hauteur d’oiseau, ils observent la scène, ils tentent de comprendre. Des questions, des doutes et des craintes planent dans la communauté pendant que les enquêtes officielles suivent leurs cours. Malgré les efforts de plusieurs dizaines d’hommes sur le terrain, on ne sait toujours pas grand-chose. Où se trouve le trou à l’origine de la fuite? Comment arrêter le déversement? Comment limiter les dégâts? Comment alimenter la centrale maintenant que le conduit est défectueux? Ce qu’on sait c’est que c’est chez-nous et que ce n’est pas de la faute au voisin.

Le boss d’Hydro-Québec est venu constater la situation hier. Pendant que les bateaux des pêcheurs se font laver, lever et déménager, M. Vandal a offert ses excuses aux Madelinots et a promis que tout serait mis en place pour que la centrale continue de fonctionner. C’est le squelette même d’une consommation qui est atteint. En tant qu’insulaires nous dépendons tous de ce même diesel. On a besoin de ce pipeline ou d’un plan B pour alimenter notre centrale thermique, car le vent va virer au nord-ouest et aux Îles-de-la-Madeleine comme partout ailleurs, cet hiver, il faudra bien se chauffer. Dans les premières heures où la nouvelle du dégât s’est répandue, on a cherché le coupable. Puisque le déversement est dans l’eau du port, on a pensé aux bateaux. Ceux des pêcheurs, ceux des plaisanciers et même aux plus gros… Ceux qui ont pointé du doigt les utilisateurs du port l’ont fait trop rapidement. C’est normal, le besoin de trouver un coupable est humain. Mais voici la surprise : le coupable ne porte pas qu’un seul nom. Cette fois-ci, ce n’est pas la faute du frère d’un tel ou du deuxième voisin. Cette fois-ci, on ne peut mettre le blâme sur un équipage précis. Cette fois-ci, comme dans bien d’autres situations pas ordinaires d’insulaires… nous sommes tous dans le même bateau.

 

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Plongez!

30 juin 2014, 10:45

Par Véronique St-Onge

La belle saison s’amorce enfin aux Îles-de-la-Madeleine. La saison où on n’a qu’à se poser oisivement la question : « On se rejoint à quelle plage? » Les vieux disent qu’avant la Saint-Jean se baigner c’est pour les fous. Je passe au survol aujourd’hui différents types de baigneurs… ma liste inclut aussi quelques races de fous.

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Les déterminés
Ces intrépides ont tous un point en commun : ils affichent un large sourire de satisfaction et semblent tous en parfaite santé. Le grand gaillard qui se lance en mai fait partie de la famille des heureux déterminés. Plusieurs auront envie de le suivre et d’autres, à l’imaginaire plus frileux, en auront presque pitié. Le jeune vantard aussi est dans cette catégorie. Il veut impressionner les filles, LA fille, ou il veut tout simplement passer à l’histoire en plongeant dans la mer glacée. La vieille dame, la brave, qui se baigne jusqu’en octobre malgré le froid, le vent et les fortes marées. Elle a toujours fait ça. Elle nous raconte son bonheur de la plonge quotidienne, l’air zen… tout porte à croire que c’est un secret de longévité.

Quelle plage?
Il y a le type de gens qui ne se posent tout simplement pas la question. Ils ont soit une jolie naïveté, une moindre connaissance des terrains de jeu sablonneux ou un GPS intégré qui les mènent toujours à la bonne plage. Certains adeptes cherchent le monde. Ils vont aller là où ils sont sûrs que « quelque chose » se passe. D’autres au contraire cherchent la perle rare, le lieu intime, la plage sur laquelle personne n’a pensé, aujourd’hui, mettre les pieds. Il y a les astucieux, les stratégiques. Ils se questionnent à propos des vents, des marées, des courants et choisissent ensuite leur plage. Certains fonctionnent en mode fidélité, ils vont s’échouer toujours au même endroit. C’est sacré!

Le contact
Il y a des gens qui vont à la plage pour « faire de la plage » et d’autres qui s’y rendent pour s’y baigner. Les premiers ne touchent pas à l’eau (ou à peine) et les baigneurs forment différents camps, en style et en attitude. On connaît tous un type qui se jette à l’eau d’un seul coup avant tout le monde. Il y a aussi ceux qui ne se baignent que les pieds, ceux qui se rendent aux genoux, mais pas plus et ceux qui y vont graduellement, mais sûrement. Il y a les sportifs qui y nagent comme dans une piscine et ceux qui n’oseront jamais y plonger la tête (les poissons font pipi dedans, c’est dégoûtant!!). Et puis enfin, il y a les enfants. Ceux qui, peu importe l’âge, s’amusent avec les vagues 5 minutes, une demi-heure ou plusieurs heures durant. Les vagues qui frappent en plein ventre, celles qui font lever de terre ou celles qui roulent jusqu’à la rigole qu’ils ont creusée en éclaboussant au passage les pieds de ceux qui n’oseront pas se saucer.

Quel que soit votre style, je souhaite que la saison vous soit douce : BON ÉTÉ!

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Célébrons le chiffre rond

9 juin 2014, 10:06

Par Véronique St-Onge

Je suis venue aux îles pour un contrat de 2 mois. Le 15 juin, ça fera 10 ans. 10 ans… Wow! Ça doit être à ça que ça ressemble des fiançailles.

Crédit Photo : Véronique St-Onge

Crédit Photo : Véronique St-Onge

Les Îles-de-la-Madeleine représentent un rêve, un but à atteindre une fois dans sa vie ou une fois par année. Plusieurs milliers de personnes l’atteignent avec plusieurs milliers d’approches différentes. La mienne fût parsemée de petites embûches et de grandes joies. Juin 2004. Dès le premier rendez-vous, la destination a semblé vouloir me faire travailler dur. Après un bateau raté de quelques minutes à Chandler, je devais faire le grand tour par l’Île-du-Prince-Édouard. Arrivée à Souris par un jour sans traversée, j’ai dû patienter. La lune de miel avec les îles peut durer longtemps. Puis, un jour, habiter l’archipel devient un choix. Tel un bouclier contre le doute et l’isolement, ce sentiment revêt chaque jour des airs d’engagement. L’été, c’est paradisiaque les îles. Par contre, quand le vent d’octobre t’arrive en pleine face et qu’il ne fait qu’annoncer que celui de février… c’est dur. Il n’y a rien de doux aux îles à part, heureusement, le regard des gens. Il y a des jours, des soirs, des nuits où on se sent petit. Les premières saisons sont éloquentes, les suivantes ne sont que précisions.

Hiérarchie instinctive de l’insulaire.

Les Madelinots possèdent et nourrissent presqu’inconsciemment une liste aux multiples échelons. Atteindre le numéro un, c’est atteindre le top pour quelqu’un venu de l’extérieur. Ces différentes étapes mènent à la quasi naturalisation des étrangers et peuvent s’étaler sur plusieurs décennies.

5- « On dirait qu’il est là pour rester »
4- « Il s’est fait une blonde par ici » ou « J’ai entendu dire qu’il travaillait là » ou « Il est venu pour combler ce poste »
3- « Il a une maison à lui maintenant »
2- « Il n’est pas d’ici, mais il est ici depuis longtemps »
1- « Ahhh! Tu savais pas qu’il n’était pas d’ici, y’a pas de ce nom-là dans les familles des Îles. »

J’espère être bientôt digne du stade deux. En 10 ans, j’ai travaillé, vanté, haïs, bercé, j’ai fuis, j’ai aimé et j’ai regardé évoluer les Îles-de-la-Madeleine et j’ai fait partie de cette même évolution. J’ai donné la vie à 2 jolis Madelinots bien dégourdis (le troisième arrive à la fin août). J’ai choisi de leur donner un passeport « Gaudet », un nom de famille d’ici. Ça me rappelle que je fais aussi partie de l’histoire des îles. Ça leur évite la liste pour toujours.

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